Peintures sans support

Michel Huelin s’intéresse dès ses premiers travaux à la matière picturale stricto sensu : en la traitant sans support. Moins pour la priver de quelque chose que pour assurer son attachement direct à la terre, tel un point d’ancrage, de la même manière que le sol est nécessaire à toute graine qui pourrait en germer. Pour y parvenir, il charge des films plastiques de peinture. Appliquée à l’horizontale, la matière s’étend généreusement en d’imposants monochromes. Une fois le séchage terminé, le plastique est évacué. En résulte alors une peinture nue, telle une peau, parfaitement autonome, sans intermédiaire entre elle et la surface du monde. Karine Tissot, 2023












































Installation, 1991, peinture sans support : peinture acrylique , vinylique et synthétique, env. 1000 x 1000 x 1 cm
Lit, 1994, peinture sans support, peinture acrylique , vinylique et synthétique, env. 87 x 155 x 1 cm

Les peintures sans support

Au milieu des années 1980, Michel Huelin développe un ensemble d’œuvres radicales qu’il désigne comme des peintures sans support. En versant successivement des couches de peinture sur des surfaces provisoires — films plastiques ou matériaux lisses — qu’il détache ensuite une fois la matière durcie, l’artiste libère la peinture de son cadre traditionnel. Privée de toile et de châssis, la peinture devient un objet autonome, une peau pigmentaire qui se tient par elle-même. Elle ne représente plus : elle existe. Son épaisseur, ses strates, ses irrégularités constituent désormais l’essentiel de l’œuvre. Le processus de fabrication joue un rôle central. La gravité, le temps de séchage, les réactions chimiques de la matière produisent des effets imprévisibles. L’artiste n’impose pas une forme, il accompagne un processus où l’accident devient constitutif. La peinture se construit par sédimentation, révélant dans sa structure même les différentes étapes de son élaboration. Ces œuvres marquent un moment fondateur dans le parcours de Michel Huelin. Elles posent les bases d’une recherche qui se prolongera dans les décennies suivantes : une réflexion sur la peinture comme stratification, comme matière en transformation, et comme espace où se jouent des relations complexes entre hasard, contrôle et structure.






Sans titre, 2025, peinture sans support, peinture acrylique, vinylique, dispersion latex, et peinture synthétique, 76 x 180 x 10 cm
Sans titre, 1991, peinture sans support pliée, acier, env. 110 x 150 x 4 cm



Installation Kunsthalle Bern, 1987, peinture sans support



Peinture sans support, découpée et collé, Galerie Marika Malacorda, Genève, 1986

Peinture sans support pliée, acier, 1989
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