Xenobiosis et phénotypes
Dans certaines séries, Michel Huelin mobilise les notions de xénobiose et de phénotype pour interroger les transformations contemporaines du vivant et leurs résonances dans l’image.La xénobiose — coexistence ou interaction entre organismes différents, parfois étrangers les uns aux autres — devient chez lui une figure opératoire. Elle se manifeste par l’entrelacement d’éléments hétérogènes : formes végétales, structures artificielles, fragments issus de processus numériques. Ces ensembles composites produisent des organismes visuels hybrides, difficiles à catégoriser, situés entre nature et construction. Le phénotype, entendu comme l’ensemble des caractéristiques visibles d’un organisme, est quant à lui déplacé vers le champ de l’image. Les formes générées ou construites par l’artiste apparaissent comme des manifestations visibles de systèmes invisibles — calculs, paramètres, processus de sélection ou de transformation. L’image devient alors l’équivalent d’un phénotype : la surface perceptible d’une structure plus profonde. Dans ce contexte, les œuvres de Michel Huelin ne représentent pas le vivant ; elles en rejouent les logiques. Elles mettent en scène des formes en mutation, soumises à des dynamiques d’adaptation, de prolifération ou de dérive. Entre biologie et modélisation, elles suggèrent un monde où les frontières entre naturel et artificiel s’estompent, au profit d’un continuum d’interactions et de transformations. Ces recherches prolongent une réflexion plus large sur l’image contemporaine : comme le vivant, elle n’est pas donnée une fois pour toutes, mais apparaît comme le résultat instable de processus complexes, dont elle ne montre que la surface.
Xenobiosis 7, 2008, C-Print, 111 x 188 cm


Phénotypes 7, 2007, C-Print, 60 x 80 cm

Intérieur 13, 2014, C-Print, 100 x 177 cm
Les œuvres de Michel Huelin mettent en scène un biotope virtuel formé d’objets hybrides, d’êtres à la limite entre le végétal, l’animal et le minéral, de végétations luxuriantes et composites. Modelées par ordinateur, ces images prolifèrent de manière à la fois déroutante et fascinante. Images de science-fiction, elles expriment ce à quoi pourrait ressembler notre monde suite aux multiples manipulations génétiques de l’écosystème. Loin d’une vision cauchemardesque, l’artiste propose un futur psychédélique dans lequel plus rien ne semble pouvoir freiner la créativité : « Les mutations aléatoires, les anomalies calculées et les catastrophes imminentes sont autant de probabilités dans cet univers emprunt d’une sérénité trompeuse. »Dans ses paysages d’entrelacs végétaux aux titres scientifiques de Xenobiosis ou de Phytotron, l’artiste greffe des tubes en plastique en guise de tiges à des plantes elles-mêmes issues d’un imaginaire florissant. De plus, des coups de pinceau de peinture les détache de tout contexte naturel et contraste avec l’effet hyperréaliste des autres éléments. Contrairement à la facture froide et lisse de certaines images de synthèse, les compositions quasiment baroques de Michel Huelin relèvent d’une grande richesse matérielle, d’une fine sensibilité tactile et génèrent des illusions de volume et de profondeur vertigineuses.
Caroline Nicod, Centre PasquArt, Bienne, pour l’exposition Genipulation, 2009

Phytotron 3, 2009, C-Print, 125 x 200 cm


Diversity, 2003, jet d’encre sur Scotchal, Université de Genève, Sciences III, Fonds cantonal d’art contemporain, Etat de Genève



